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La chronique du jardin botanique

L’anogeissus leiocarpus

Par Djibril Bâ

Cette plante typiquement forestière de la savane sahélienne peut culminer à une très grande hauteur. C’est sans doute aussi l’un des plus beaux arbres de ces contrées...

On ne le retrouve cependant que dans le lit de marigots et autres bas-fonds qui concentrent les eaux de ruissellement pendant une période plus ou moins longue, durant la courte saison des pluies.
Alors que son tronc est lisse, plus au Sud, dans le bassin arachidier du Sine Saloum, on le retrouve sur la terre ferme avec un tronc strié, parcouru de rainures… La cause ne doit pas être importante au vu du peu de cas qu’en font les guérisseurs !

Autre étrangeté : dans le Djolof, la plante semble inconnue des tradipraticiens. Les troncs des arbres n’y présentent aucun signe d’agression humaine, les feuilles deviennent caduques et tombent toutes seules bien après la fin de l’hivernage, à la grande joie des petits ruminants. Il doit bien y avoir une raison, plutôt des raisons, dont l’une se rattache au tabou qui frappe l’emploi des branchages de l’anogeissus comme bois de chauffe. Il aurait ainsi le redoutable maléfice de générer des incendies !

Ou la malédiction qui y est rattachée ? On le rend responsable, en effet, de la diarrhée verte des enfants si on ne le soupçonne pas, sans aucun procès, d’attaquer les fœtus qui naissent en fin de compte malingres ! Et dire qu’il a la capacité de soigner, justement, les maladies infantiles, les diarrhées et la toux des bébés notamment !

Et pourtant l’anogeissus jouit d’une réputation très bien fondée, par ailleurs, dans la pharmacopée sénégalaise. Il est courant de retrouver ses feuilles fraîches vendues sous forme de petites bottes par des femmes portant de grands paniers sur la tête et sillonnant les rues de Dakar et les marchés. Les propriétés invoquées alors sont dépuratives et vermifuges.

Mais cette notoriété foraine cache mal un fait primordial, à savoir que l’anogeissus est l’apanage des grands maîtres de la médecine traditionnelle ! Les très grands arbres donneraient-ils les grands remèdes et seraient-ils réservés aux grands maîtres ? La question reste posée au regard de plusieurs constats troublants.

Toujours est-il qu’au-delà de son usage en teinturerie traditionnelle et dans la fabrication de savon artisanal, sur le plan médicinal ses différentes parties (feuilles, écorces et résine) sont utiles contre les troubles menstruels, l’asthme, les maux de tête, et les maladies infantiles (notamment la toux et les diarrhées des bébés !)


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